Biais d’impact

Sommaire

Tendance à surestimer l’intensité et la durée des émotions que l’on ressentira après un événement futur.

Points à retenir

1

Le biais d’impact désigne notre difficulté à prédire avec justesse nos réactions émotionnelles à des événements futurs.

2

Il entraîne une surestimation systématique de l’intensité et de la durée de nos émotions, qu’elles soient positives ou négatives.

3

Ce biais repose en partie sur notre tendance à négliger notre capacité d’adaptation aux changements de vie.

4

Il peut fausser nos décisions importantes, car nous anticipons mal ce qui nous rendra vraiment heureux ou malheureux.

Explication du biais d’impact

Le biais d’impact est une erreur de jugement que nous faisons souvent sans nous en rendre compte : nous croyons que certains événements futurs auront un effet émotionnel beaucoup plus fort et plus long qu’ils n’en auront vraiment. Autrement dit, on pense qu’on sera très heureux ou très malheureux, pendant longtemps, alors que ce n’est généralement pas le cas.

Ce biais concerne ce qu’on appelle la prévision affective : notre capacité à imaginer comment on se sentira plus tard. Et dans bien des cas, nous nous trompons. Par exemple, on peut penser qu’un échec à un examen va nous gâcher la vie pendant des mois, ou que l’achat d’une nouvelle maison va nous rendre heureux pendant des années. Mais en réalité, nos émotions retombent souvent plus vite que prévu, qu’elles soient positives ou négatives.

Pourquoi ce décalage entre ce qu’on imagine et ce qu’on ressent vraiment ? Parce qu’on oublie qu’on s’adapte très vite. On appelle cela l’adaptation hédonique : après un grand changement, nos émotions reviennent petit à petit à un état plus neutre. On se fait à la situation, même quand elle est difficile.

Un autre point important : on se concentre trop sur un seul événement, comme une rupture, une promotion ou un déménagement, en pensant que tout va tourner autour de ça. Mais dans la vraie vie, beaucoup d’autres choses influencent notre bonheur au quotidien : les relations, la santé, le sommeil, les loisirs, qu’on oublie souvent de prendre en compte dans nos prédictions.

Ce biais est aussi lié à d’autres erreurs de raisonnement. Par exemple, le biais de focalisation, qui nous pousse à ne penser qu’à l’événement lui-même, sans voir le reste.

Le problème, c’est que ce biais peut influencer nos décisions. On peut choisir un emploi, mettre fin à une relation ou faire un achat important en pensant que cela changera profondément notre vie, alors que l’effet sera souvent moins fort et moins durable qu’on ne l’imaginait.

Origine du biais d’impact

Le biais d’impact a été mis en lumière dans les années 1990 par deux chercheurs en psychologie : Daniel Gilbert, professeur à Harvard, et Timothy Wilson, de l’Université de Virginie. Ensemble, ils ont exploré un domaine appelé la prévision affective, c’est-à-dire notre capacité à anticiper ce que nous ressentirons à l’avenir. Ce qu’ils ont découvert, c’est que nous avons une fâcheuse tendance à exagérer nos émotions futures. Nous pensons que les événements positifs nous rendront très heureux pendant longtemps, et que les événements négatifs nous plongeront dans une détresse prolongée. Or, dans la réalité, ces émotions sont souvent moins fortes et s’estompent plus rapidement que ce que nous avions imaginé.

Ce phénomène repose sur une caractéristique humaine fondamentale : notre capacité d’adaptation. Nous avons tous la faculté de nous habituer aux changements de la vie, qu’ils soient bons ou mauvais. Pourtant, quand nous nous projetons dans l’avenir, nous oublions cette capacité. Par exemple, avant une rupture, une personne peut croire qu’elle restera triste pendant des mois. Mais une fois que la situation est passée, elle découvre qu’elle retrouve un équilibre bien plus rapidement que prévu. Ce décalage entre nos prédictions et notre expérience réelle est exactement ce que Gilbert et Wilson ont voulu étudier.

Pour comprendre ce biais, les chercheurs ont mené plusieurs expériences, notamment avec des étudiants. Dans l’une d’elles, ils ont demandé à des étudiants d’imaginer leur état émotionnel s’ils étaient acceptés ou refusés dans un club universitaire. Ceux qui pensaient être refusés s’attendaient à être très malheureux pendant longtemps. Mais après avoir effectivement reçu une réponse négative, leur niveau de bien-être revenait rapidement à la normale. Leurs émotions, bien que réelles, étaient moins intenses et plus courtes que prévu.

Ce biais se manifeste parce que notre esprit surestime l’importance d’un seul événement en oubliant tout le reste. Nous nous focalisons sur ce que nous anticipons, sans penser à d’autres facteurs de notre vie qui continueront à nous influencer. De plus, nous avons du mal à imaginer les petits ajustements du quotidien, les routines, les relations ou les distractions qui nous aideront à aller mieux.

Il est aussi difficile pour nous de nous souvenir précisément de la durée de nos émotions passées. Quand on pense à une situation ancienne, on se rappelle surtout du moment fort, mais rarement de la façon dont nos émotions ont évolué après. Cela nous empêche de faire des prédictions justes sur l’avenir.

Aujourd’hui, le biais d’impact est un concept bien établi dans la psychologie contemporaine. Il est étudié aux côtés d’autres biais, comme le biais d’optimisme ou le biais de focalisation, avec lesquels il partage certaines ressemblances. Il permet de mieux comprendre pourquoi nous prenons parfois des décisions basées sur une image déformée de ce que nous ressentirons, et donc de mieux anticiper nos choix futurs.

Exemples du biais d’impact

Vie professionnelle

Vous attendez les résultats d’un entretien d’embauche que vous espériez depuis des semaines. Vous êtes convaincu que si ça ne passe pas, vous allez déprimer pendant des mois et que rien ne pourra compenser cette déception.

Achat / consommation

Vous venez d’acheter une voiture neuve dont vous rêviez depuis longtemps. Vous êtes convaincu qu’elle va transformer votre quotidien et vous rendre heureux durablement.

Relations sociales

Votre partenaire vient de rompre avec vous. Sur le moment, vous êtes persuadé que cette douleur va durer des années, que vous ne retrouverez jamais quelqu’un comme ça.

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